At The Office

Cela fait donc quelques mois que j’ai repris une activité de type professionnelle. Dans le conseil en informatique. De conseil, le métier n’en a que le nom, car finalement, mon rôle est d’être une simple exécutante, une ressource disponible, flexible et jetable. De formation d’Ecole de Commerce, j’ai atterri dans le “métier” un peu parce que je ne savais pas quoi faire et un peu parce que ça embauchait pas mal, à l’époque, fin 2007.

Alors, en quoi consiste ce job ? En dehors de déambuler dans les open spaces bien habillée (le consultant doit respecter un certain standing, surtout face au client et chez le client), en dehors de déblatérer un langage (enfin, wording, pardon) incompréhensible du grand public “J’te forwarde la spec’ sur les BOMs. Pour le plan de cutover, va falloir que j’appelle les indiens ce soir. Mais, là franchement, je ne peux pas t’aider pour la propale, je suis carrément sous l’eau. Mais demande à Damien, il est en dispo”.

Et en dehors de se noyer dans une mission car le consultant a été vendu en expert sur un sujet alors qu’il n’y connait strictement rien, je suis bien embêtée : je ne peux pas vous expliquer mon métier. D’ailleurs, dans une vie de consultant, on exerce plusieurs fonctions. Difficile donc de se définir. Et puis, je connais peu de personnes qui sont nées avec cette vocation. Car, non, je vous assure, quand on a 10 ans, on ne se dit pas “Plus tard, je serais consultant”. On devient consultant par défaut, et ce n’est pas un métier “passion”, car qui rêve de devoir partir tard soit à cause d’une montagne de travail ou parce que partir à 19h déclenche la fameuse blague du consultant “tu as pris ton après-midi ?!” ? Qui rêve de devenir manager et ne plus avoir de vie (mais un super salaire) ? Les managers que je connais sont, au passage, tous divorcés ou remariés (ou célibataires payant la pension alimentaire du fruit de la précédente union).

Si vous voulez avoir une idée du quotidien, je vous conseille vivement de lire Extension du Domaine de la Lutte de Michel Houellebecq, qui raconte de façon romancée, la déchéance d’un consultant en mission en Province pour le Ministère de l’Agriculture. Roman surement autobiographique,puisque Houellebecq a été consultant pour Unilog (une SSII qui est devenue Logica puis CGI).

 

Un peu plus “factuel”, L’Open Space m’a tué raconte avec ironie (et justesse) le calvaire de ces jeunes diplômés qui embrassent cette carrière de consultant chez Accenpelure, CapCefini ou autres consors.

 

Evidemment, Nicolas et Bruno ont très bien dépeint la vie de bureau et son absurdité dans l’émission Message à Caractère informatif et le film La personne aux deux Personnes. Je me rends compte que la caricature rencontre très justement la réalité de l’enfer du bureau : le langage ridicule, l’hypocrisie ambiante, les coups bas, la loi du plus con, le conflit de générations, les rituels “cantine” ou pause café pour faussement discuter avec les collègues, le réseautage purement intéressé…

 

Et pour finir sur le monde de l’entreprise qui reste le même, quelque soit le métier pratiqué, je vous conseille plus que vivement de regarder l’excellente série britannique The Office, de Ricky Gervais qui relate avec humour (noir) et justesse les relations (de force et d’amour) au bureau. Pour l’instant, après 7 ans de vie active, je n’ai jamais rencontré un boss tel que David Brent. Toujours est-il que, aussi cruel et idiot soit il, il reste attachant tellement il inspire la pitié.

 

Allez, je vous laisse, il faut que je fasse mon CRA et Jean-Christian m’appelle pour manger la paella à la cantoche !

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3 thoughts on “At The Office

  1. Alors là, tous me confirmes tous les a priori que j’avais sur le monde du consulting! C’est terrible. Les derniers consultants que j’ai cotoyés ont dépouillé de quelques milliards d’euros la boîte dans laquelle je travaille. Et tout cela pour nous laisser finalement dans la panade… De la même façon que toi, je ne crois plus à l’esprit d’entreprise. J’aime le ton sarcastique de ton billet.

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    • Merci pour ta réaction 🙂
      Je les vois très bien dans ta boîte, avec leurs belles paroles, leurs beaux costumes, beaux PowerPoint, leurs super process pour réduire les coûts et augmenter la productivité et leurs belles factures…

      Les consultants, souvent, rassurent les actionnaires et les dirigeants. Le consulting, c’est l’exemple type du “bullshit” job, et puis c’est déshumanisant à souhait. Malgré tout, difficile à quitter car ça paie bien, et surtout, après des années de consulting, impossible de se reconvertir dans un autre métier. J’ai testé, en vain. Je vais tenter une nouvelle fois.

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