Not staying in New York

Il m’aura fallut 2 mois pour écrire cet article. Comment expliquer une décision si personnelle en tentant de ne pas s’étaler dans les détails, en tentant d’éviter la comparaison entre X et Y, en tentant d’être factuel mais tout en restant sincère ? Cet exercice d’écriture, que j’ai trouvé très difficile, s’est alors avéré être un moyen pour moi de prendre du recul par rapport à mon expérience new-yorkaise relativement courte, je l’accorde. C’est donc à la lumière du contexte très particulier du “voyage” que je m’essaie d’éclairer ces zones d’ombres qui ont motivées un départ et non une installation, contrairement à ce qui était prévu initialement.

Alors pourquoi partir vivre à New York ?

Une opportunité que Mr Panda a cherchée et provoquée au sein de son entreprise. Une entreprise française qui avait besoin de “ressources” à New York pour une durée indéterminée (3 mois à 2 ans, autant dire qu’il fallait être flexible). J’ai démissionné avec joie d’un travail que je n’aimais pas (le conseil), et, avec mon visa L2 : si on restait suffisamment longtemps, je pouvais travailler là-bas. D’abord envoyé en “déplacement longue durée”, l’objectif de Mr Panda était d’obtenir le transfert de son contrat de travail pour devenir un “local”. De procédures en discussions, le transfert a pris du temps, temps qui finalement nous a été bénéfique car ni Mr Panda ni moi souhaitions “vivre le rêve américain”, après réflexion.

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Alors pourquoi décider de ne pas rester ?

Un concours de circonstances : je l’évoquais à l’instant, la porte du transfert est restée ouverte très longtemps. La balle était dans notre camp, mais nous ne souhaitions plus la saisir pour devenir officiellement new-yorkais. Mais revenons à ce qui ne nous a pas chagriné lorsque cette porte s’est fermée. Tout d’abord, Mr Panda a vécu la ville d’un angle complètement différent du mien et n’en est pas tombé amoureux. Voilà, ça ne s’explique pas. De plus, si transfert il y avait eu, alors Mr Panda aurait été lié pieds et mains voire plus à son entreprise (le Visa L1 est lié à l’entreprise qui a sponsorisé le Visa). Pour rester sur le territoire, il aurait fallut accepter les caprices de son employeur, et connaissant très bien ce dernier, il n’aurait pas eu de vie, et mieux encore : il aurait eu une “vie de merde” (pardon my French) sans perspectives de carrière et même financières. Donc un très mauvais deal personnel et professionnel.

Mon cas est différent, car à New York, j’avais fini par trouver un travail qui me plaisait, j’avais réussi à me construire une nouvelle vie, une nouvelle routine avec de nouveaux amis. J’avais même mes quartiers de prédilection (LES, FiDi), mes habitudes, mes QG (Round K, Underdog…). Mais il y avait quelque chose qui n’allait pas. Je ne saurais dire à quoi ça tenait : le coût de la vie quotidienne extrêmement cher et une recherche permanente pour manger sain (au moins sans OGM et hormones et Corn Syrup) sans se ruiner ; cette sensation qu’on ne se (re)pose jamais toujours à la recherche d’un nouveau café, une nouvelle mode, un meilleur job – pas de temps pour contempler, il faut avancer, ce que je trouve très bien, mais parfois fatiguant ; cette culture d’extrêmes où tout est “plus” : plus grand, plus cher, plus tendance, plus rapide, plus lent, plus libre, plus contraignant, plus riche, plus pauvre, New York, c’est une contradiction, et c’est pour cela que l’on ne peut y être indifférent. Je ne me voyais pas rester dans une ville dans laquelle je n’avais pas envie de construire ma vie.

Alors, en résumé, cette vie à New York, ça aurait pu se faire, mais pour des raisons dépendantes et indépendantes de notre volonté, nous avons pris un vol sans retour pour Paris, en mars 2016, un an après. Nous n’avons pas quitté New York parce que Paris nous manquait, bien au contraire. Mais surtout parce que nous avons une envie commune qui se tourne vers une autre partie du monde depuis bien longtemps. Alors, nous sommes revenus à Paris, en transit, avec pour objectif d’en partir le plus vite possible, car si New York n’est pas l’élue de mon coeur, Paris l’est encore moins. Ne pas rester à New York a été une décision qu’il fallait prendre à ce moment là pour faire la place à d’autres opportunités qui, je l’espère, nous plairont cette fois-ci à tous les deux. Si ce n’était pas New York qui nous convenait, ça serait peut être une autre ville américaine, qui sait ?

 

Alors, dans cette première et dernière saison de la série “East Side Pigeon in New York”, il y a bon nombre d’épisodes que j’ai aimé profondément, par exemple :

  • celui où il fait quand même toujours beau à New York : je m’en rends compte aujourd’hui en contraste avec Paris et sa grisaille…
  • celui où il y a beaucoup de bars/pubs qui proposent beaucoup de bières locales en pression (je parlerai rapidement du monde merveilleux et nombreux des microbrasseries aux US vs les balbutiements en France, voire Europe dans un prochain article, j’y travaille)
  • celui où une année à New York ne suffit pas pour découvrir tous les boroughs. Il y a toujours un nouvel endroit dans cette ville immense qui fait 10 fois Paris, on ne peut pas s’y ennuyer, et si cela arrivait, l’Etat de New York et ses voisins sont à portée de voiture.
  • celui où les gens savent prendre les transports en commun : après 9 ans à Paris, je peux me targuer de connaitre l’enfer des rush hours dans le métro et le RER. A New York, les transports ne sont pas moins bondés, mais étrangement, les usagers parviennent à partager plus facilement leur espace vital en retirant leur sac à dos/main, en se poussant dans les allées centrales, en communiquant davantage entre eux pour creuser leur chemin pour sortir. Tous désavantages égaux par ailleurs entre le métro parisien et le new-yorkais, les usagers américains montrent davantage de civisme et font tous un petit effort pour un plus grand confort pour tous. Et j’ai ressenti ça également dans le partage des trottoirs pourtant plus denses à NYC…
  • celui où les New-yorkais sont plus positifs : dans le monde du travail et en dehors, j’ai remarqué qu’ils mettent en avant les qualités (de tout : gens, choses, situations) contrairement au parisien qui râle sur tout, n’aime rien et n’est jamais content. Il y a une sorte de meilleure humeur globale, un besoin d’être content pour soi, d’être content pour son voisin sans le jalouser mais plutôt à travailler plus pour le dépasser. J’ai trouvé parfois les New Yorkais sans filtre, un peu enfantin mais de façon positive : vos bottes plaisent à une complète étrangère dans la rue ou le métro, elle n’hésitera pas à vous le faire savoir, sans arrières pensées.
  • celui où les propriétaires de chien ramassent leurs crottes, à 99,9% des cas. J’ai eu une période de réadaptation à mon retour à Paris : j’avais perdu l’habitude à New York de regarder par terre pour éviter les déjections canines, aussi nombreuses sur les trottoirs parisiens que les mégots de cigarettes, ce qui m’amène à l’épisode suivant :
  • celui où les new-yorkais fument vraiment peu. En un an, je n’ai pas le souvenir d’avoir été incommodée par l’odeur de cigarette ni dans les parties communes de mon immeuble, ni à la fenêtre de mon appartement, ni dans la rue, ni en traversant la terrasse d’un café pour me rendre à l’intérieur, ni à l’entrée d’un bâtiment… Aucun de mes collègues et amis ne fumait. Bref, la cigarette n’est pas un accessoire de mode tendance dans la ville qui ne dort jamais.

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Evidemment, d’autres épisodes m’ont moins marqué, comme celui où les sacs poubelles sont remisés directement sur les trottoirs en attendant les éboueurs. Ni comme celui où la ville qui ne dort jamais fait en sorte que ses habitants n’en aient pas la possibilité, au moins au calme car le bruit ambiant est omniprésent : circulation, climatisations, sirènes, travaux. Encore moins celui où le niveau sonore dans les bars ou restaurants est identique à celui d’une boîte de nuit…

 

Bref, l’exercice peut durer des lignes et des lignes, comparer une ville où l’on a vécue, où l’on est devenu adulte à une nouvelle, c’est “humain”. Expatrié, on a souvent besoin de repères, et Paris et la France, c’étaient les miens. Avec cette expérience à New York en plus dans mon baguage qui s’ajoute à celle de Berlin, j’apprends. Je sais désormais qu’il me sera difficile de vivre dans une nouvelle ville sans ressortir la “jauge Paris”. Mais, peut être que je mets Paris en excuse car je n’ai pas encore trouvé l’endroit où j’aimerais poser mes valises, valises que je m’apprête à refaire pour une nouvelle destination…

 

 

Je terminerais cette rétrospective new-yorkaise en musique évidemment :

The Rapture, a band from NYC with this great song “in the Grace of your Love” that I listened a lot when I was there

 

Here is a NYC band I discovered recently thanks to BBC Radio 6 Music Le Tigre

 

And if you need your NYC sound, I can recommend you NARC or the Mighty Jones

 

 

 

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4 thoughts on “Not staying in New York

  1. Pingback: And now, the winner is… Frankfurt am Main | East Side Pigeon

  2. C’est un beau bilan qui, pour tout te dire, m’interpelle fortement. Un bilan que je serai moi même forcée de dresser une fois le moment venu de quitter le Kenya. C’est courageux de ta part/votre part, je trouve, d’avoir quitté un ville qui offre tout ou pratiquement tout: le “rêve” comme tu l’appelles. Mais je peux comprendre que quand il n’y a pas de coup de foudre, il vaut mieux faire ses valises. Dans mon cas, c’est plus simple car je ne sais pas ce que je suis venue faire au Kenya, j’ai juste abandonné une vie et une étape de ma vie où j’étais en train de perde le cap. Tu es franchement courageuse de recommencer ta recherche de boulot! Moi, je me suis accordée un période de réflexion, de vide, de décalage, de hasard. En autres termes, je fais la grève de la recherche professionnelle, de l’ambiance de bureau, du stress, des rapports de force et de violence silencieux que cache le monde de l’entreprise (du moins tel que je l’ai connue en France). Et cela me fait beaucoup de bien! C’est peut-être la première fois de ma vie que je n’ai pas honte de dire que je ne travaille pas et que c’est mon choix de déclarer la grève au monde professionnel. Je ne sais pas si tu es du même avis, mais voyager et changer de référentiel nous aident à avancer, malgré les difficultés et défis auxquels nous devons faire face les premiers mois. Je te souhaite une super aventure en Allemagne et je reste collée à internet dès que le courant kenyan me le permet!

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    • Je comprends complètement ta grève ! En y réfléchissant, j’y suis par intermittence depuis 3 ans. Mon objectif il y a 3 ans, en quittant mon job, c’était de parvenir à prendre du recul par rapport au monde nauséabond de l’entreprise pour pouvoir le supporter. Pour l’instant, je n’y suis pas encore, hein. Il faut du temps soit pour “être en paix” avec ce monde corporate soit pour trouver une nouvelle carrière.
      Et je suis d’accord avec toi, vivre ailleurs, ça nous force à avancer plus vite que si on était resté confortablement dans notre quotidien, notre pays. Ces voyages m’ont donc appris qu’il faut se laisser le temps, qu’il faut prendre le temps. Bon, je ne dis pas que j’y arrive, mais ça commence à rentrer 🙂
      J’espère qu’après le Kenya, d’autres aventures t’attendent !

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